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HOT HOUSE: Une comédie jubilatoire et grinçante de Harold Pinter

Affiche HOT HOUSE

L’intrigue se déroule dans une sorte d’institution que le spectateur, tout au long de la pièce, aura du mal à identifier. Est-ce une maison de repos, un sanatorium voire une prison ? Difficile de le dire avec certitude. Mais leurs résidents, patients ou prisonniers, désignés anonymement par des numéros, sont bien encadrés.

C’est cette petite hiérarchie que Pinter met en scène d’une manière jubilatoire : le Directeur, Roote, garant de l’institution, dont il sent sourdement qu’elle risque de vaciller, et lui avec ; les numéros 2 et 3, Gibbs et Lush, qui rivalisent d’ambition pour prendre sa place ; Miss Cutts, opportuniste effrontée, aux amants multiples et tortionnaire de Lamb, victime consentante et propitiatoire ; Tubb (Tracy) l’intendant(e) étrange qui garde l’œil sur l’institution. Suite au décès suspect d’un patient, puis de la révélation de l’accouchement d’une autre, Roote missionne ses équipes pour enquêter sur ces faits intolérables. Mais plus l’intrigue avance, plus tout semble accuser son propre commanditaire…

Après avoir travaillé sur La Cantatrice chauve de Ionesco, qui passait graduellement d’une ambiance loufoque et sympathique à une ambiance contrainte et inquiétante, et où j’avais mis l’accent sur les préjugés, les différences sociales et la place supposée de l’homme et de la femme dans la société, j’ai trouvé que la pièce de Harold Pinter pouvait faire écho à cette recherche tout en la prolongeant.

Autant dans La Cantatrice, j’avais basé ma scénographie sur des jeux d’attractions et répulsions des couples de comédiens, autant ici nous évoquerons la gravitation des corps autour d’un noyau, gravitation agressive et dangereuse, frôlant toujours le cœur qui devient cible. Cette image illustre selon moi l’idée que participer d’un système lais

se croire aux concurrents qu’ils ne seraient pas responsables de leur trajectoire, de leurs actes, parce que ce serait le système qui les gouverne. En vérité, c’est bien leur volonté de puissance qui les conduit à dévier ou moduler leur course imposée et les transforme en être actif et donc en cela responsable. Les conséquences de ces choix, même s’ils paraissent minimes, peuvent aboutir à des orientations irréversibles du système, pour le meilleur ou pour le pire.

Je pense que cette pièce en offre une remarquable illustration, maniant l’humour et le cynisme avec brio.

David Chiche

Lien vers l’article Télégramme 30/01/2017