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Odile est venu à la rencontre d’Arts en Scènes pour proposer son texte à qui veut s’en saisir. Après plusieurs ateliers d’écriture théâtrale, voici sa première réalisation, une comédie sans prétention, à propos de femmes d’un certains âges, qui n’ont rien perdu de leur jeunesse…

Nous publions ci-dessous la 2ème scène de l’acte 1. Odile aimerait bien entendu que sa pièce prenne corps sur scène alors si certains d’entre vous veulent tenter l’aventure théâtrale, c’est avec plaisir que nous vous mettrons en contact avec cette graine d’auteur.

contact@artsenscenes.fr


Une pièce écrite par Odile Rosiau

Quatre femmes qui se sont connues en pension au lycée, ont su maintenir, au fil des années, une relation amicale très solide. Elles abordent maintenant l’âge dit mûr et se trouvent confrontées, les unes après les autres, à des situations qui les bouleversent ou les troublent. C’est tout naturellement et spontanément que chacune va se tourner vers ses chères amies et demander leur aide. Ce sont conseils plus ou moins judicieux, micmacs, solutions cocasses, que les complices vont vivre ensemble.

Personnages

Albertine,
Astrid,
Corinne,
Elisabeth dite Elisa,
Pierre.
Les personnages ont une cinquantaine d’années et sont du même âge sauf Pierre qui peut être plus âgé.


Acte 1

Scène 2

Albertine est en train de danser toute seule. Coup de sonnette. Albertine éteint sa radio et
attend ses visiteuses.
Albertine : entrez, Mesdames.
Les femmes entrent, embrassent Albertine.
Corinne : bonjour Albertine.
Elisabeth : bonjour Albertine. Astrid ne vient pas ?
Albertine : malheureusement, elle n’a pas pu se libérer. Elle a trop de boulot.
Les trois femmes s’installent dans des fauteuils.
Corinne : tu es magnifique. Cette couleur va bien à ton teint.
Albertine : merci. Je travaille dur pour ne pas paraître trop décatie. Les faux cheveux, les faux ongles, les faux cils et j’en passe… je me demande ce qui reste de l’original… Tu es en pleine forme, toi. Tu prends toujours tes bains au lait d’ânesse ?
Corinne : naturellement. Et j’ai un autre secret de beauté qui me maintient dans une forme olympique.
Albertine : un produit miraculeux ? Lequel ?
Elisabeth : la flèche de l’amour, je parie.
Corinne : oui, l’amour, l’amour et encore l’amour.
Albertine : sapristi ! Tu es amoureuse ? Et nous n’en savions rien ! Depuis quand ?
Corinne : ça fait 4 mois que nous nous fréquentons.
Albertine : 4 mois ! Et tu comptais nous le dire quand ? Tu es vache.
Corinne : c’était mon jardin secret jusqu’à maintenant.
Albertine : vous vous fréquentez ? Comme c’est élégamment dit ! Vous baisez ou pas ?
Corinne : évidemment que je le connais bibliquement.
Elisabeth : quel âge a-t-il ?
Corinne : il est dans nos âges.
Albertine : et il est en forme ? Bibliquement parlant ?
Corinne : quelle question ! J’ai besoin d’un volcan en éruption, pas de fumerolles.
Elisabeth : Corinne !
Albertine : c’est excitant, tout ça. Pourquoi ne nous l’as-tu jamais présenté ? Vilaine cachottière.
Corinne : il habite au bord du lac Léman. Nous nous voyons de temps en temps.
Elisabeth : de temps en temps ?
Corinne : quelques fois. Ça me suffit pour avoir envie de continuer mon chemin avec lui. J’ai pris une grande décision : d’ici peu, je vais déménager pour aller habiter chez lui. Il a un cadre de vie exceptionnel : une propriété de 15 pièces au bord du lac avec piscine, tennis, jacuzzi, un voilier à proximité et tutti quanti.
Albertine : quoi, tu pars déjà ? Au bout de 4 mois ?
Elisabeth : le cadre, ce n’est pas tout. Et le bonhomme dans le cadre ? Pourquoi ce n’est pas lui qui vient ici ?
Corinne : si, c’est lui qui vient me rendre visite. Comme il a des responsabilités au sein de la société nautique de Genève, il ne peut pas se libérer souvent.
Elisabeth : rassure-nous : tu es déjà allée chez lui ?
Corinne : pas en vrai.
Albertine : hein ?
Corinne : j’y suis allée en photo (murmure), si vous préférez.
Albertine : tu es allée en vélo en Suisse ? Toi ?
Corinne : en photo. Il m’a montré des photos de sa villa, si vous préférez.
Albertine : pince-nous.
Corinne : hein ?
Albertine : si, si pince-nous. Qu’on soit sûres d’avoir bien entendu.
Corinne pince Albertine et Elisabeth qui crient « aïe ».
Corinne : c’est temporaire. En ce moment, sa fille est chez lui. D’habitude, elle vit aux States mais elle finit son doctorat à Genève. C’est l’affaire de 2 mois encore.
Albertine : et alors ? Il habite dans un 15 pièces ou un 15 m2 ?
Elisabeth : si sa fille est là provisoirement, autant retarder les présentations. Il a raison.
Albertine : la fifille a quel âge ? C’est une adulte. Foutaises !
Corinne : à toi, on ne la fait pas, hein ! Madame je sais tout ! Tu vois le mal partout ! Sa villa est somptueuse. Simplement, tant que sa fille est là, il préfère éviter les affrontements.
Albertine : affrontements, rien que ça. Pourquoi pas crêpage de chignons ? Ça promet !
Corinne : je prends le risque. La vie est courte, je l’intensifie. A bas la peur ! A bas l’insipidité ! J’aime le risque, le dépaysement, le danger, l’exotique.
Elisabeth (accent suisse) : exotique, la Suisse ?
Corinne : vous m’emmerdez. Je me casse.
Elle fait mine de prendre ses affaires .
Elisabeth se précipite sur Corinne, l’enlace et l’empêche de partir.
Elisabeth : Corinne, ne fais pas l’enfant. Albertine et moi, nous nous inquiétons pour toi, c’est tout.
Corinne se rassied.
Corinne : vous êtes bouchées à l’émeri. C’est navrant. Ce que j’essaie de vous dire : combien d’années nous reste-t-il à vivre avant ça ?
Elle mime la personne très âgée qui n’arrive pas à temps aux toilettes.
20 ans, 25 ans ? En étant très optimiste.
Albertine : c’est sympa, tes piqures de rappel. Tu as bien fait de venir…
Corinne : je veux profiter, profiter, profiter, profit..
Albertine l’interrompant : ça va, on a compris.
Corinne : on dirait pas.
Elisabeth : avoue que ton histoire se présente bizarrement, non ?
Corinne : foutez-moi la paix. Je ne sais pas pourquoi je vous en ai parlé.
Elisabeth : allez, calme toi. Tu es une grande fille. Tu sais mieux que nous ce que tu fais. On va dire qu’on te fait confiance.
Elisabeth les fait se lever et crier « une pour quatre… ».
Albertine sert des boissons.
Elisabeth : nous sommes là pour entendre les tourments d’Albertine.
Albertine : merci Elisa. Pendant que Corinne tente d’escalader un volcan en Suisse, je me ronge les sangs.
Corinne : allons bon, voilà autre chose. Qu’est-ce qui te met dans des états pareils ?
Albertine : mon fils Ladislas ou plutôt la rastaquouère qu’il fréquente depuis plus d’un an.
Elisabeth : quoi ? Manuela Dupuis, celle qui a gagné le prix du 1er roman ?
Albertine : parfaitement. Celle-là même.
Elisabeth : c’est une belle jeune femme, intelligente, talentueuse. Une rastaquouère ?
Corinne : elle a toutes les vertus, comparée aux perruches que ton fils ramenait. Albertine, tu ne serais pas jalouse par hasard ?
Albertine : pas du tout. Elle me regarde avec condescendance de ses grands yeux méchants. Depuis qu’elle vit chez mon fils, elle est habillée par des stylistes à la mode. Mon fils lui a offert un magnifique cabriolet.
Qu’est-ce qu’elle a besoin de ça pour rester plantée devant son ordinateur à raconter ses histoires à dormir debout ?
Corinne : c’est sévère. Elle est jeune, elle a bien raison d’en profiter. Et puis, elle gagne sa vie, non ?
Albertine : c’est mon fils qui l’entretient.
Corinne : s’ils s’aiment. Ton fils a de quoi assurer sur le plan financier. Et puis, tu supputes. Tu n’en es pas à faire les comptes de ton fiston, j’espère ?
Albertine : non. Je me retiens. De quoi elle vit ? Je te le demande, elle fait des piges pour un magazine littéraire. Autant dire qu’elle vend des cacahuètes.
Elisabeth : je comprends les inquiétudes d’Albertine. La fortune qui part en fumée, je connais, j’ai donné. Si vous n’aviez pas été là…
Corinne l’interrompant : le cas est différent du tien. Albertine, tu files un mauvais coton, c’est moi qui te le dis.
Albertine : si c’est ainsi que tu me réconfortes, merci.
Corinne : je t’évite de ruminer.
Albertine : comment pourrais-je faire autrement ? Je vous dis que cette fille a le regard mauvais et qu’elle cache quelque chose.
Corinne : ton fils, lui, n’a pas l’air de voir son regard mauvais. Il serait plutôt sous son charme, non ?
Albertine : c’est un nigaud qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Un gros poisson loqueteux dans un petit bassin doré, ça fait quoi ?
Corinne : hein ?
Albertine : une fille de mauvaise vie et sans le sou chez des gens aisés ?
Corinne : tu exagères !
Albertine : je ne vais pas rendre les armes avant d’avoir combattu. Cette garce ne connait pas le dictionnaire de la Albertine illustré.
Corinne à Elisabeth : dis quelque chose, toi !
Elisabeth : je comprends Albertine. Elle n’a pas confiance. Une mère sent ces choses-là.
Corinne : on court à la catastrophe. Laisse à ton fils le temps de se lasser si cette fille n’est pas faite pour lui.
Albertine : cette fois-ci, il semble bien accroché. Il m’a même dit qu’il souhaitait se marier avec elle, avoir des enfants.
Elisabeth : aïe, comment as-tu réagi ?
Albertine : pas dans le sens qu’il souhaitait puisqu’il m’a dit « cache ta joie ».
Corinne : au fond, je ne vois pas trop où est le problème. A part le regard mauvais et des dépenses bien de son âge, qu’est-ce que tu lui reproches ?
Elisabeth : elle vient de dire qu’elle n’a pas confiance. Des dépenses avec l’argent des autres, c’est facile.
Albertine : elle a su flairer le pigeon, la bougresse ! Quand je suis invitée chez mon fils, elle parle de tout et de rien, surtout de rien. C’est le seul sujet qu’elle connaisse. Aucun sens de l’humour. Elle ne rit jamais à mes plaisanteries.
Corinne : elle n’a pas eu son prix dans une pochette surprise. C’est bien à elle qu’il a étédécerné. Je l’ai vue sur les plateaux télé. Elle parlait juste.
Albertine : évidemment, elle avait appris par cœur ses interventions. Je te dis qu’elle cache quelque chose. J’ai du flair.
Corinne : ce que tu flaires, c’est que ton fifils chéri va convoler en justes noces et que tu vas te retrouver toute seule et tourner en rond comme une lionne en cage. Scrogneugneu, Ladislas a 32 ans, il sait ce qu’il fait. Laisse le vivre.
Elisabeth : et après le mariage, ce qui est à toi est à moi, ce qui est à moi est à moi.
Albertine : si mon pauvre mari était là, il saurait quoi faire, lui !
Corinne : il est mort. Secoue-toi, Albertine. Et si tu rencontrais quelqu’un ?
Albertine : je n’ai pas la tête à la gaudriole.
Corinne : qui te parle de la tête ? On dit ça, il n’empêche que c’est rudement bon. Tu pourrais t’offrir un beau voyage, ça te changerait les idées. C’est au cours de mon voyage dans les steppes de l’Asie Centrale, à l’ombre d’une yourte enneigée que j’en ai pincé pour Alain.
Elle chantonne sur les danses polovtsiennes de Borodine et se met à tournoyer en entraînant Albertine.
Albertine : qui ?
Corinne : Alain le volcan.
Elisabeth : ce n’est pas le sujet. Albertine ne peut pas faire comme si…
Albertine l’interrompant : exactement. Je pourrais engager un détective privé. En voilà une bonne idée.
Corinne : fichtre, rien que ça ! Et quelle sera sa mission s’il l’accepte ?
Elle reprend le refrain de la série mission impossible.
Albertine : déjà s’assurer que cette pouf ne trompe pas mon fils. Et puis prouver qu’elle est bien celle qu’elle dit être.
Elisabeth : méfie-toi des mots que tu utilises quand tu parles d’elle : rastaquouère, garce, pouf, grognasse.
Albertine : je n’ai pas dit grognasse.
Elisabeth : c’est tout comme. Si tu en lâches un devant Ladislas, il ne te le pardonnera pas.
Albertine : que pensez-vous de mon idée ?
Elisabeth : pourquoi pas. Tu seras fixée sur son emploi du temps.
Corinne : pour le reste ? Personne ne peut le savoir. Rien ne dit d’ailleurs qu’elle a fait travailler quelqu’un pour son compte. Et quand bien même, est-ce si important aux yeux de Ladislas ?
Albertine : quelle horreur ! Une imposteuse, c’est capable de tout et surtout du pire. Ça veut dire une union basée sur un mensonge. Beurk.
Corinne : c’est ton point de vue. Pas celui de Ladislas. Et s’il vient à apprendre que tu as payé quelqu’un pour faire suivre sa fiancée, tu perds définitivement ton fils.
Elisabeth : Corinne a raison. Faire intervenir un étranger dans ses affaires, ce n’est jamais bon.
Albertine : renoncer, ce n’est pas une attitude qui me plait.
Corinne : je sais mais là, trouve autre chose.
Albertine : quoi ? Je veux savoir qui est celle qui s’apprête à mettre le grappin sur mon fils.
Corinne : et ça va être ton occupation principale pendant les prochaines semaines ? Tu vas devenir dingo, ma pauvre Albertine ! Et tes rides ? Tu as pensé à tes rides ? Elle triture le visage d’Albertine Et ta bouche qui va s’affaisser !
Albertine : arrête de me rappeler mes 59 ans, l’heure est grave. Je veux savoir à qui j’ai affaire. Vous connaissez, vous, une bonne agence de détectives ?
Corinne : trop risqué. Il me vient une meilleure idée : mon frère Pierre.
Albertine : ton frère ? Qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ?
Corinne : c’est un homme de réseaux. Il a toujours su où piocher l’information.
Albertine : y compris chez les écrivassiers ?
Corinne : quand tu travailles dans la finance, je peux te dire que les portes s’ouvrent toutes seules. Et puis ta future bru…
Albertine : pitié, pas cet horrible mot qui m’écorche les oreilles.
Corinne : Manuela, si tu veux. Ecoute, laisse-moi demander à Pierre, je lui fais confiance. S’il pense ne pas pouvoir obtenir des informations, il me le dira. On essaie ?
Albertine : il faut faire vite. Qu’en penses-tu, Elisa ?
Elisabeth : que du bien.
Corinne : quel délai ?
Albertine : avant mon dîner d’anniversaire, dans 4 semaines.
Corinne : je transmettrai.
Albertine : ça va mieux. Je me sens moins seule. Je vous remercie pour votre soutien. Je suis gonflée à bloc et prête à en découdre.
Corinne : non. Tu te calmes, tu vas te faire masser et tu laisses faire les autres. Scrogneugneu.
Albertine : oui Maman.
Corinne : je dois vous laisser. Je file à ma leçon de boxe thaïlandaise.
Elisabeth : je croyais que tu devais apprendre à hisser les voiles de ton futur voilier.
Corinne : sur le lac du bois de Boulogne ?
Corinne embrasse les deux femmes et quitte la pièce.
Albertine : merci encore pour ton aide. Tu salueras le volcan pour nous.
Elisabeth se prépare à partir. Elle enlace Albertine.
Albertine : eh bien Elisa ?
Elisabeth : tu te rends compte, 45 ans que ça dure. Quelle chance ! Que serait-on devenues sans les unes et les autres ? Surtout moi.
Les larmes lui viennent aux yeux.
Albertine : mon Elisa ! Nous serions moins bien armées pour faire face. Tu es une belle personne. On t’a aidée quand tu en avais besoin. Et après ? L’avenir est à nous, ne regarde pas derrière toi.
Elisabeth : quand même. Combien d’autres m’auraient lâchée ?
Albertine : mon Elisa…Allez, file ! Pleurer, ça fait gonfler.
Elisabeth s’arrange, embrasse Albertine et sort.

Noir.